Cartel du saumon norvégien · Mise à jour mai 2026

Cartel du saumon norvégien : où en est le dossier en mai 2026 ?

Six géants du saumon norvégien — qui contrôlent une large part des 80 % de parts de marché de la Norvège dans les exportations mondiales — sont accusés d'avoir coordonné leurs prix entre 2011 et 2019. Synthèse du dossier au niveau européen, britannique, américain et canadien.

01 · Origine

Le déclenchement : des perquisitions en 2019

En février 2019, les autorités antitrust européennes ont effectué des descentes inopinées dans des élevages de saumon de plusieurs pays de l'Union européenne, dont certains appartenant à Mowi, en Écosse et aux Pays-Bas[1]. Ces raids faisaient suite à des signalements de plusieurs acteurs du marché.

Les six entreprises ciblées par l'enquête contrôlent une part substantielle des 80 % de parts de marché que représente la Norvège dans les exportations mondiales de saumon d'élevage atlantique.

02 · Communication des griefs

Les accusations formelles en janvier 2024

La Commission européenne a informé les producteurs norvégiens Cermaq, Grieg Seafood, Bremnes, Lerøy, Mowi et SalMar de son avis préliminaire selon lequel ils ont enfreint les règles de concurrence de l'UE en s'entendant pour fausser la concurrence sur le marché des ventes au comptant de saumons atlantiques d'élevage norvégien dans l'Union européenne[2].

La Commission les soupçonne d'avoir échangé, entre 2011 et 2019, des informations sur leurs prix, leurs volumes de ventes et leurs capacités de production, au détriment des consommateurs et acheteurs européens. L'affaire concerne uniquement le saumon frais entier et éviscéré, pas les produits transformés comme les filets ou le saumon fumé.

Des sanctions potentiellement massives

Si la Commission estime qu'il existe des preuves suffisantes d'une infraction, elle peut imposer aux entreprises contrevenantes des amendes pouvant atteindre 10 % de leur chiffre d'affaires mondial. À l'annonce, les actions de Mowi, SalMar, Lerøy et Grieg Seafood ont chuté respectivement de −4,9 %, −1,9 %, −5,7 % et −7,1 %.

03 · Audition

L'audience de septembre 2024 : les entreprises contestent

La Commission européenne a tenu une audition de trois jours, du au , conduite par de hauts responsables antitrust, à laquelle ont participé les représentants des entreprises et des régulateurs nationaux[3].

SalMar a publiquement déclaré être en fort désaccord avec les conclusions de la Commission. Grieg Seafood a confirmé sa participation et réaffirmé n'avoir commis aucun comportement anticoncurrentiel.

04 · Europe

Pas encore de décision finale, mais les amendes se rapprochent

Le dossier européen — référence officielle AT.40606 — est toujours en cours d'instruction. Après l'audition de septembre 2024, un haut responsable de la Commission européenne a confirmé en que la Commission prévoyait de rendre davantage de décisions en matière de cartel cette année.

Aucune décision finale n'a encore été publiée à ce jour, mais le secteur s'y prépare activement : des amendes substantielles sont attendues en 2026, et des démarches indemnitaires à un stade avancé sont en cours outre-Manche.

05 · Royaume-Uni

Royaume-Uni : explosion du contentieux privé

Février 2025
Tesco entre dans la bataille

Tesco, le plus grand distributeur britannique, a déposé le devant la High Court de Londres une action contre huit producteurs de saumon norvégiens : Cermaq Group, Lerøy Seafood Group, Scottish Sea Farms, Bremnes Seashore, Grieg Seafood, Grieg Seafood UK, SalMar et Sjór. Le montant des dommages réclamés n'a pas encore été divulgué, mais Tesco a préféré déposer une action séparée plutôt que rejoindre celle déjà engagée en mars 2024 par un consortium de distributeurs (Asda, M&S, Aldi, Morrisons…) réclamant 675 millions de livres[4]. Transaction potentielle ?

Action collective consommateurs
Revers pour Waterside Class Limited

Le Competition Appeal Tribunal a rejeté à l'unanimité la demande de 382 millions de livres déposée par Waterside Class Limited au nom de 35 à 44 millions de consommateurs britanniques. Le tribunal a conclu que la condition d'éligibilité n'était pas remplie, sa préoccupation centrale portant sur le déséquilibre entre les frais juridiques élevés et les sommes qui reviendraient effectivement aux consommateurs.

L'affaire n'est pas close pour autant : Waterside a indiqué qu'elle examinerait attentivement les orientations du tribunal et pourrait présenter une nouvelle demande.

06 · États-Unis

États-Unis : dossier clos (pour l'instant)

Le front américain est essentiellement soldé. En , un accord final a été approuvé pour les acheteurs directs, et en un second accord a été approuvé pour les acheteurs indirects, pour un total de 85 millions de dollars.

Les entreprises ont toutes nié tout comportement anticoncurrentiel, invoquant les coûts et délais du contentieux américain pour justifier les règlements. Le DOJ, qui avait ouvert une enquête criminelle en 2019, a par la suite cessé son investigation.

07 · Canada

Canada : dernières distributions en cours

Les entreprises ont accepté de payer un total de 5,25 millions de dollars canadiens. Après déduction des frais, environ 2,5 millions CAD restaient disponibles pour distribution aux membres éligibles — ceux ayant acheté plus d'un million CAD de saumon entre 2013 et 2019, avec une date limite de dépôt au .

Ce volet canadien est donc en phase de clôture.

08 · France

Quelles implications pour les acheteurs français ?

Le droit français reconnaît un droit à indemnisation intégral aux entreprises ayant acheté un produit cartelisé, qu'elles soient acheteuses directes (groupes ayant traité directement avec les producteurs norvégiens) ou acheteuses indirectes (ayant acheté via transformateurs, mareyeurs, distributeurs spécialisés).

Le préjudice est calculé sur le surprix payé pendant la période d'infraction (2011–2019), déduction faite de la part éventuellement répercutée en aval. Les secteurs concernés en France incluent :

  • Grande distribution — Carrefour, Leclerc, Intermarché, Auchan, Casino, Monoprix, Lidl, Aldi, Metro, Picard
  • Restauration collective — Sodexo, Elior, Compass, API Restauration, Brake / Sysco, Newrest, Pomona, Transgourmet
  • Transformateurs et industriels — Labeyrie, Fleury Michon, Cité Marine, Capitaine Cook, Frais Embal, Krill, Direct Ocean
  • Hôtellerie chaînes — Accor, B&B Hotels, Louvre Hotels, Marriott, Hilton, IHG, Club Med
  • Restauration commerciale, sushi, boulangerie, snacking — Groupe Bertrand, Sushi Daily, Sushi Shop, Planet Sushi, Holder, Marie Blachère, Eric Kayser, Class'Croute

Pour estimer rapidement votre préjudice potentiel, Uplawder met à disposition un calculateur live et une analyse approfondie gratuite chiffrée par notre partenaire économiste sous 30 à 60 jours.

Estimation gratuite

Vous avez acheté du saumon entre 2011 et 2019 ? Estimez votre préjudice.

Estimation préliminaire instantanée via notre calculateur, ou analyse approfondie chiffrée sous 30 à 60 jours — gratuite, financée par notre fonds partenaire, vous ne payez que si vous récupérez.

Estimer en quelques secondes
Sources
  1. Challenges — « COR-UE : perquisitions chez des éleveurs de saumon, soupçons d'entente » challenges.fr
  2. Sud Ouest — « Saumons d'élevage : l'Europe soupçonne des producteurs norvégiens d'entente pour fausser la concurrence » sudouest.fr
  3. Zone Bourse — « Les producteurs de saumon contesteront les accusations de cartel lors d'une audition » zonebourse.com
  4. The Grocer — « Hearing date set for salmon cartel claim against producers » thegrocer.co.uk
  5. Commission européenne — Communication des griefs · Affaire AT.40606 « Griefs adressés à six entreprises dans l'affaire d'entente sur le saumon atlantique d'élevage »

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le cartel du saumon norvégien ?
Le cartel du saumon norvégien désigne l'entente présumée entre six producteurs majeurs de saumon d'élevage atlantique — Mowi, SalMar, Lerøy Seafood Group, Grieg Seafood, Bremnes Seashore et Cermaq — qui auraient coordonné leurs prix et échangé des informations commerciales sensibles entre 2011 et 2019, au détriment des acheteurs européens de saumon frais entier et éviscéré.
Quelle est la période d'infraction retenue par la Commission européenne ?
La Commission européenne, dans sa Communication des griefs notifiée en janvier 2024 dans l'affaire AT.40606, vise une période d'infraction de 2011 à 2019, soit neuf années d'entente présumée.
Quelles entreprises sont mises en cause ?
Six producteurs norvégiens dans l'affaire européenne : Mowi, SalMar, Lerøy Seafood Group, Grieg Seafood, Bremnes Seashore et Cermaq Group. Au Royaume-Uni, les actions privées visent en plus Scottish Sea Farms, Grieg Seafood UK et Sjór.
Le saumon fumé est-il concerné par le cartel ?
Non. La Commission européenne précise que l'affaire concerne uniquement le saumon frais entier et éviscéré, à l'exclusion des produits transformés comme les filets ou le saumon fumé. Toutefois, le surcoût sur la matière première peut s'être répercuté en aval sur les transformateurs et leurs acheteurs.
Les acheteurs français peuvent-ils demander réparation ?
Oui. Le droit français — directement et via les textes EU — reconnaît un droit à indemnisation aux entreprises ayant acheté un produit cartelisé, qu'elles soient acheteuses directes ou indirectes (via transformateurs, mareyeurs, distributeurs). Distribution, restauration collective, transformation, hôtellerie, snacking et sushi sont éligibles.
Une décision finale de la Commission européenne a-t-elle été rendue ?
Non, pas encore. À mai 2026, la procédure AT.40606 est toujours en cours d'instruction. Après l'audition des parties en septembre 2024, un haut responsable de la Commission a confirmé en janvier 2025 que davantage de décisions cartel étaient attendues, avec des amendes substantielles probables en 2026.
Quel est le montant des amendes encourues ?
La Commission européenne peut imposer des amendes pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires mondial annuel de chaque entreprise mise en cause. Sur les volumes du cartel saumon, cela pourrait représenter plusieurs centaines de millions d'euros par producteur.
Combien d'années couvre la période d'infraction ?
Neuf années, de 2011 à 2019 inclus. Cette période détermine l'assiette du préjudice indemnisable pour les acheteurs européens.